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Par Mathieu Becker, gérant-fondateur d’Isogeo, membre du conseil d’administration de l’Afigeo (pôle Entreprises-Industries) et Hervé Halbout, Consultant expert SIG et 3D (Halbout Consultants)

En mettant clairement en avant la différence qu’il existe entre une situation idéale (catalogue exhaustif et à jour des données) et la dure réalité des administrateurs SIG (difficulté de manipulation des outils à disposition, travail fastidieux de saisie des métadonnées), cet article lève un certain nombre de points de discussion : différence entre outil de catalogage de données et outil de saisie de fiches de métadonnées, saisie intégrale des fiches, convivialité des interfaces et accès rapide à l’information. Les prochains articles s’attacheront à y apporter des éléments de réponses.

Cet article, dont le titre peut paraître provocateur, vise à expliquer pourquoi, aujourd’hui, les catalogues de données et de métadonnées géographiques existent si peu, alors que le bon sens voudrait qu’ils soient légion. Normes contraignantes ? Besoins internes non identifiés ? Ressources insuffisantes ? Manque de temps ? Outils mal adaptés ? … sont autant de questions que nous allons traiter par la suite, en y apportant quelques réponses.

Partons d’un exemple concret : celui d’une Communauté d’Agglomération de 100 000 habitants, avec un service SIG (ou une cellule SIG) de 2 personnes (un Responsable/Administrateur SIG et un Géomaticien), 5 référents internes, 350 jeux de données SIG, 4 formats de données différents (shp, postgis, dwg, ecw). Et pour que cet exemple soit parlant, mettons-nous un instant à la place de l’administrateur SIG.

Le rêve : Conscient de la nécessité de bien connaître son patrimoine de données géographiques, il commence à télécharger et installer un outil de catalogage. Il est gratuit profitons-en ! Après quelques heures d’installation et paramétrages divers viennent les premiers tests : il découvre enfin l’interface de saisie des métadonnées. Le lendemain, motivé, il commence à saisir sa première fiche de métadonnées. Après de longues minutes, celle-ci est faite et là … prise de conscience brutale : il y en a encore 349 à faire ! Le besoin d’une boisson énergisante se fait soudain sentir, afin de conserver un moral suffisant pour continuer. Bien sûr, ce travail est indispensable, il faut le faire, tout le monde doit le faire. De plus, cet outil open source est l’un des plus utilisés, c’est la référence du secteur …

La réalité : Cet administrateur SIG ne saisira probablement jamais l’intégralité des 350 fiches, car il a de nombreuses autres tâches à gérer au quotidien. Même s’il le faisait consciencieusement, il lui faudrait reprendre régulièrement les fiches, car elles devront être mises à jour pour que le catalogue soit exploitable par différents utilisateurs. Cette histoire n’est pas qu’une fiction : elle est le reflet du vécu de nombreux administrateurs SIGque nous avons rencontrés ces dernières années. Nous avons tiré quelques réflexions de ces expériences :

1 : Les outils actuels ne sont pas des outils de catalogage de données, mais des outils de saisie de fiches de métadonnées. La différence est importante : la fiche n’est pas liée à la donnée et si cette dernière est modifiée, la fiche, elle, ne l’est pas. Cela signifie que le « catalogue » n’est presque jamais l’image de la réalité, mais la simple somme de fiches saisies une à une … et qu’il faut mettre à jour régulièrement.

2 : Pour remplir une fiche, il faut compléter manuellement l’ensemble des champs, de A à Z. Ceci est assez étonnant, car l’évolution informatique devrait permettre d’automatiser – au moins en partie – cette tâche, à partir des informations déjà stockées dans les données.

3 : Les métadonnées doivent être saisies dans une interface qui reflète la norme ISO 19139. Le respect de cette norme est important, car elle est garante de l’interopérabilité des échanges d’informations. Toutefois, respecter une norme d’échange ne doit pas se faire au détriment de la convivialité de saisie.

4 : Trouver une fiche de métadonnées (parmi plusieurs centaines) n’est pas toujours simple, même lorsqu’on les a soi-même saisies.
Que dire alors des utilisateurs du catalogue de données ? Est-ce qu’il ne serait pas possible de disposer d’un moteur de recherche simple, convivial et efficace ?

Au travers de ces expériences et réflexions, il devient plus facile de comprendre pourquoi les catalogues de données géographiques sont si peu nombreux aujourd’hui et, quand ils existent, pourquoi leur mise à jour est si difficile. Réaliser un travail de catalogage est considéré comme utile, voire indispensable. C’est aussi particulièrement chronophage, répétitif et peu valorisant pour son administrateur. Néanmoins, c’est dans ce catalogage que réside la valeur des informations géographiques … et la valorisation des producteurs de ces données.

Alors, cataloguer des données géographiques est-il définitivement rédhibitoire ? Non, bien sûr ! Et vous découvrirez pourquoi dans le prochain épisode de cette saga SIG.